Le premier train extraits

Le premier train visuel arbre

Amertume

 

Qu’est-ce qui chancelle ?

Près des rails,

plombés et distants,

ils attendent et ils savent

ce que je ne sais pas.

 

Le ciel tarde, rétif sous les nuages borgnes.

Et je fredonne,

opiniâtre,

près de la balustrade qui vrille.

Que devrais-je savoir que les enfants ne savent ?

 

Le matin bien sûr, que mon haleine se retient,

que les bruits hésitent, mouillés, poreux,

le matin blanc,

mais pas ce matin aux lambeaux de la veille

noueuse, grasse.

 

Qu’est-ce qui chancelle ?

Et qu’est-ce qu’il me reste,

hors ces deux yeux de loup amis

et où ?

 

Que sais-je encore, matin bancal ?

Par les pans de brume rebelle,

je nous souris crânement,

puis je m’attache.

 

Oui, oui, tout va bien.

D’ailleurs, vos yeux injurieux ne leur ressemblent guère.

J’attendrai.

Doux et sauvage,

je guetterai leurs passages.

S’ils ne passent pas ?

Je ne sais pas.

 

 

De choses et d’autres

 

Qui seras-tu dans ton grand manteau bleu ?

Mêleras-tu tes cheveux clairs,

machinale,

quand je jouerai dans tes yeux ma fortune ?

Et devrais-je parler des rêves sur ta peau,

pour allumer enfin tes parfums chiches ?

Ou riras-tu soudain à me voir,

ébouriffé,

glaner pitance au bout de ton haleine ?

J’ai peur d’entendre

mes mots crispés et gauches

nouer l’écheveau

de ton sourire de verre.

 

 

A rebours

 

Hier la mer,

demain le feu de ton visage.

Puis, réparatrice, la nuit,

libre des réverbères,

et moelleuse sous les cimes qui tanguent.

Alors je saurai

ce qu’il me reste d’haleine,

pour remonter la joie d’un matin vert.